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La douleur change les gens mais les rends également plus forts

2007

L’année avait commencée plutôt durement avec le décès de mon Papa.

Dans les mois qui ont suivis, je vivais ma vie de maman x1 à temps plein dans une routine de vie que je qualifierais de beige, c’est-à-dire sans trop de dérangements et d’extravagances. Ceci dit, nous étions plongés
dans le plus grand des bonheurs.

Puis, le 18 juillet, j’ai appris qu’une autre petite âme avait trouvée refuge dans ma bedaine. Bedaine qui grandissait à vue d’œil pour nous révéler quelques mois plus tard que ce n’était pas une petite âme, mais bien
deux qui se cachaient là !

Étions-nous vraiment conscient du bonheur que cette nouvelle nous apportait ? Malheureusement non. Les craintes et les peurs de futurs parents de grossesse gémellaire, passant de 1 à 3 enfants dans un petit
appartement, avec un salaire, une petite voiture, et j’en passe, nous ont empêchés de nous réjouir pleinement
de ce que la vie nous offrait.

La vie nous mettait à l’épreuve, mais nous ne le savions pas.

Mes petites âmes étaient malades, une était plus mal en point que l’autre.

J’ai dû subir une intervention chirurgicale pour tenter de les sauver. Le vent a tourné, un peu trop fort, celle mal en point a gagné en force et bien-être alors que l’autre a mis ses ailes pour s’en aller deux jours plus tard, ne pouvant pas supporter les changements qui s’étaient produits et laissant ainsi une chance à sa jumelle de naître quelques temps plus tard.

Ce deuil fut assez complexe, j’ai dû porter la vie et la mort à l’intérieur de moi durant un certain temps. Puis ensuite, alors que j’aurais voulu pleurer toutes les larmes que mon corps aurait pu produire, je devais me
concentrer sur cette petite fille qui ne demandait qu’à être aimée, réconfortée et soignée, elle qui n’avait pas demandé un début de vie si difficile.

Le deuil d’un enfant in utero est loin d’être comme le deuil d’une personne que l’on a connu, touché et aimé. Pour avoir vécu le deuil de mon papa, je peux dire que je chéris la chance d’avoir des photos pour me rappeler de lui, j’ai des souvenirs à chérir, un chandail à sentir…. Pour ma fille, c’est très différent. Je n’ai aucune photo d’elle dans mes bras, ni d’elle dans mon ventre alors qu’elle était grouillante de vie. Cette constatation a fait naître chez moi une obsession de l’image. Je me suis mise à immortaliser nos bonheurs, petits et grands à toutes heures du jour. Même la nuit, quand les poulettes dormaient ou que j’allaitais.

Le temps ne fut pas très long avant que je commence à immortaliser les bonheurs des autres, leurs familles, leurs souvenirs, pour rendre service ici et là. On me disait que j’avais l’œil et moi je me disais qu’ils étaient
généreux de me faire entrer dans leur bulle d’amour pour que j’immortalise ça pour eux. Leur bonheur faisait le mien.

Après mûres réflexions et encouragements de la part d’un tas de personnes, je me suis officiellement lancé dans l’entrepreneuriat en 2018. Je voulais étendre mes services aux plus de gens possible. Le deuil de ma fille m’a amené à une ouverture sur le bonheur des gens et à mes propres bonheurs aussi petits soient-ils. L’urgence de vivre, de profiter et de se rappeler. J’ai découvert le goût de m’investir dans les souvenirs des autres, dans la beauté de ceux-ci pour les aider à figer ces moments si doux, si heureux. Aider les gens à s’aimer, à profiter du moment présent, à saisir tous les bonheurs qui passent. Je m’ouvre à la beauté de toute chose et avec tout ça, je nourris mon obsession magnifique de l’image.

JackieKim

Photographe inspirante